Vous êtes ici : > > Les enjeux migrateurs sur le bassin versant de l’Argens

L’Argens traverse le département du Var d’ouest en est sur environ 116km de Seillons-Source-d’Argens, jusqu’aux portes de Fréjus. Le bassin versant compte une superficie de 2 750 km2.  Carrefour biogéographique, le territoire présente une diversité de paysages (entre paysages vallonées, zones agricoles et tissu plus urbanisé sur sa partie aval). Le territoire est marqué par de fortes inondations mais aussi par des épisodes de sécheresse pouvant être intenses. Le territoire subit actuellement une modification de son occupation du sol (déprise agricole et urbanisation sur la partie aval du bassin versant).

Le PLAGEPOMI Rhône Méditerranée est le plan de gestion des poissons migrateurs, son objectif général est la préservation et la reconquête durable des populations de poissons migrateurs amphihalins dans le bassin Rhône-Méditerranée. Il définit entre autres les ZAP et ZALT. La Zone d’Action Prioritaire (ZAP) correspond au linéaire de cours d’eau sur lequel doivent être concentrés les efforts de restauration écologique en lien avec une espèce cible, les Zone d’Actions à Long Termes (ZALT) sont des zones où la présence des migrateurs est relictuelle, historique ou potentielle. Ce sont des zones où des actions d’acquisition de connaissances pour définir les enjeux liés à l’espèce sont préconisées. Les ZAP et ZALT sont définies par le PLAGEPOMI.

La ZAP dédiée à la Lamproie marine et celle dédiée à l’Alose feinte de Méditerranée s’étendent de l’ouvrage du Pont d’Argens des Arcs exclu (ROE25601) jusqu’à la mer. La ZAP dédiée à l’Anguille européenne s’étend de la sortie des gorges de Vallon Sourn à la mer. On retrouve ensuite 3 cours d’eau classés en ZALT Anguille de leur source à leur confluence avec l’Argens : l’Aille, la Florièye et la Bresque.

Le PLAGEPOMI (2022-2027) identifie plusieurs ouvrages prioritaires (des ouvrages problématiques ou pas encore traités au moment de la rédaction du document) : l’ouvrage du Verteil (ROE24765), du Béal (ROE24803), du pont des Arcs (ROE25601) et d’Entraigues (ROE26743).  Parmi eux, en novembre 2024, le Verteil est équipé d’un dispositif de franchissement, ainsi que le Pont des Arcs. Les travaux de création d’une passe à poissons sur l’ouvrage du Béal sont en cours et les travaux de mise en place d’une rampe à anguilles sur l’ouvrage d’Entraigues sont en cours de finalisation.

Deux zones Natura 2000 mentionnent au sein de leur DOCOB la Lamproie marine et l’Alose feinte de Méditerranée : Site « Val d’Argens » (FR9301626) et « Embouchure de l’Argens » (FR9301627). Bien que l’Anguille ne soit pas une espèce ciblée par la classification Natura 2000, la gestion de ces deux zones Natura 2000 prend en compte toutes espèces mentionnées au travers d’autres outils de gestion.

L’Anguille européenne est également concernée par un Plan de Gestion National

Un SAGE Argens est en cours d’émergence. Il existe également un contrat de rivière sur la Nartuby.

 

  • Les outils de suivis

    Sur l’Argens, on retrouve la présence de l’Anguille jusqu’à l’aval de l’ouvrage d’Entraigues avec une baisse des densités d’aval en amont liés à la présence d’obstacles à la continuité écologique. Quelques rares individus peuvent être observés en amont de l’ouvrage d’Entraigues, ce qui semblerait s’expliquer par la présence d’un réseau de canaux connectant l’amont et l’aval de l’ouvrage. De grandes densités de jeunes anguilles peuvent être observées sur les premiers affluents (Reyran / Fournel) témoignant de la colonisation importante du bassin versant de l’Argens par l’anguille. Des pêches électriques spécifiques anguillettes effectuées en 2023 et 2024 ont permis de montrer une légère hausse de la densité de jeunes anguilles sur la Nartuby par rapport aux échantillonnages réalisés en 2012 2013. Il s’agit là d’un premier indice témoignant de la restauration de la continuité écologique, encore récente sur cet axe. Les échantillonnages qui seront reconduits dans quelques années pourront illustrer le succès des efforts entrepris en termes de restauration de la continuité écologique (notamment lorsque le seuil du Beal sera équipé).

    La passe à anguilles en cours de construction sur le barrage d’Entraigues laissera la possibilité d’effectuer du piégeage. Nous devrions donc disposer d’informations relatives à la reconquête du cours d’eau dans les années à venir.

  • Préconisations

    En premier abord, il parait essentiel de souligner que la situation de l’Anguille à l’échelle européenne est critique. Sur l’Argens, de nombreux efforts ont été faits ces dernières années pour la restauration de la continuité écologique : l’ensemble des ouvrages prioritaires situés sur la ZAP Anguilles sont traités ou en cours de traitement. Les ouvrages mis en place sont parfois récents, il est donc encore tôt pour juger de leur efficience.

    Il est nécessaire de veiller au bon entretien des ouvrages de franchissement, notamment en période de migration. La passe à poissons de l’ouvrage du Verteil semble sensible aux crues (depuis sa mise en eau, des crues ont à plusieurs reprises engravé l’ouvrage).

    Le phénomène du cordon sableux qui se met en place à l’embouchure de l’Argens et peut empêcher la montaison des individus mérite d’être suivi pour mieux appréhender les périodes d’accès au cours d’eau. Il semble également probable qu’en période de fermeture de l’Argens, les anguilles aient accès au fleuve grâce à une connexion au travers des étangs de Villepey. Cet accès mérite d’être étudié pour mieux appréhender son fonctionnement.

    Il pourrait être intéressant lors de la construction du futur PLAGEPOMI de réfléchir au classement en ZALT et ZAP des affluents. A titre d’exemple, il pourrait être pertinent de voir afficher le Reyran, le Fournel qui présente de fortes densités d’anguillettes ainsi que l’aval de la Nartuby présentant également une importante densité d’anguilles. A contrario, le classement de la Florièye, cours d’eau étant régulièrement en assec peut poser questions.

    Enfin, le barrage d’Entraigues est équipé pour la dévalaison de l’Anguille. Il conviendrait de vérifier l’efficience de ce dispositif au regard de la chute importante que doivent franchir les géniteurs qui empruntent la goulotte de dévalaison.

Cartographie des enjeux - Anguille européenne

  • Les outils de suivis

    Avant l’équipement du Verteil d’une passe à poissons inaugurée en 2021, quelques indices de présence d’aloses feintes de Méditerranée ont pu être relevés en aval (détection de l’ADN d’alose dans des prélèvements d’eau / captures à la ligne). La passe à poissons est constituée d’une station de vidéo-comptage qui a permis d’observer quelques individus en montaison en 2022 et 2023. Les résultats liés à l’Alose feinte de Méditerranée sont à mettre en lien avec les périodes d’ouverture du cordon sableux qui a limité la colonisation de l’axe en 2022 et 2023 (faibles débits de l’Argens ne permettant pas l’ouverture du cordon sableux). En 2024, un souci technique a empêché le système de vidéo-comptage de fonctionner pleinement. L’utilisation de l’ADN environnemental pourrait s’avérer être un outil utile pour l’évaluation de la reconquête de l’Argens par les aloses en amont du seuil du Beal lorsqu’il sera équipé d’un dispositif de franchissement. Lorsque la reconquête sera avérée, l’identification des frayères actives permettra de cibler les secteurs majeurs de conservation.

  • Préconisations

    Concernant la restauration de la continuité écologique sur le territoire, les ouvrages situés sur la ZAP ont été traités ou sont en cours de traitement.

    • Ouvrage du Verteil inauguré en 2021
    • Ouvrage du Béal, en cours d’équipement
    • Ouvrage du Muy, équipé, en cours de validation par l’OFB

    Il est nécessaire de veiller au bon entretien des ouvrages pour que ces derniers soient efficients, notamment en période de migration. La passe à poissons de l’ouvrage du Verteil semble sensible aux crues (depuis sa mise en eau, des crues ont à plusieurs reprises engravé l’ouvrage). Le phénomène du cordon sableux qui se met en place à l’embouchure de l’Argens et peut empêcher la montaison et la dévalaison des individus mérite d’être suivi pour mieux appréhender les périodes d’accès au cours d’eau. La restauration de la continuité écologique sur le fleuve permet aux aloses l’accès à des zones de fraies, en effet, les zones de fraies les plus intéressantes se situent en amont de l’ouvrage du Muy.

Cartographie des enjeux - Alose feinte de méditerranée

  • Les outils de suivis

    La situation de l’espèce est sur le pourtour méditerranéen critique, uniquement quelques individus ont été observés ces dernières années. Des prélèvements ADNe ont été réalisés sur l’Argens lors des mois de juin 2019, 2020, 2021 et 2022 mais aucune trace de Lamproie marine n’a été détectée. Il convient de noter l’observation photographiée d’individus au large de Fréjus récemment (dont une observation photographiée en 2024).

  • Préconisations

    La situation de la Lamproie marine sur le territoire couvert par le PLAGEPOMI 2022-2027 est très critique. Le fait d’observer très peu d’individus sur le bassin versant de l’Argens n’est donc pas intrinsèquement lié au territoire. Concernant la restauration de la continuité écologique, les ouvrages situés sur la ZAP ont été traités ou sont en cours de traitement. Il est nécessaire de veiller au bon entretien des ouvrages pour que ces derniers soient efficients, notamment en période de migration. La passe à poissons de l’ouvrage du Verteil semble sensible aux crues (depuis sa mise en eau, des crues ont à plusieurs reprises engravé l’ouvrage).

    Le phénomène du cordon sableux qui se met en place à l’embouchure de l’Argens et peut empêcher la montaison des individus mérite d’être suivi pour mieux appréhender les périodes d’accès au cours d’eau.

Cartographie des enjeux - Lamproie marine