Vous êtes ici : > > Les enjeux migrateurs sur le bassin versant de l’Ardèche

L’Ardèche est le troisième affluent rive droite du Rhône accessible pour les poissons migrateurs après le franchissement de 3 aménagements hydroélectriques rhodaniens (Beaucaire Vallabrègues ; Avignon ; Caderousse).

L’Ardèche présente de très forts enjeux pour la biodiversité: elle abrite par exemple une population d’Apron du Rhône, espèce endémique du territoire rhodanien bénéficiant d’un Plan National d’Actions.

L’Ardèche est caractérisée par un régime cévenol et connait des crues puissantes. Elle bénéficie d’un soutien d’étiage au travers de deux systèmes : à partir du complexe de Montpezat, via la Fontelière (BV Loire) qui alimente l’Ardèche entre le 15 juin et le 15 septembre, et au travers du Chassezac qui est réalimenté à partir du dernier ouvrage EDF de la rivière (Malarace) grâce à la ressource en eau stockée dans le barrage de Puylaurent. Le soutien d’étiage peut parfois représenter 50% du débits de la rivière. Le bassin versant de l’Ardèche a subi par le passé une extraction de matériaux qui se ressent aujourd’hui entre autres au travers de secteurs incisés, ainsi que de zones humides déconnectées. Le secteur est très fréquenté en période estivales (canoë / baigneurs).

Le PLAGEPOMI est le plan de gestion des poissons migrateurs, son objectif général est la préservation et la reconquête durable des populations de poissons migrateurs amphihalins dans le bassin Rhône-Méditerranée. Il définit entre autres les ZAP et ZALT. La Zone d’Action Prioritaire (ZAP) correspond au linéaire de cours d’eau sur lequel doivent être concentrés les efforts de restauration écologique en lien avec une espèce cible, la Zone d’Actions à Long Termes (ZALT) sont des zones où la présence des migrateurs est relictuelle, historique ou potentielle. Ce sont des zones où des actions d’acquisition de connaissance pour définir les enjeux liés à l’espèce sont préconisées. 

Pour la Lamproie Marine et l’Alose feinte de Méditerranée, la ZAP s’étend du seuil aval du Pont d’Ucel exclu à la confluence avec le Rhône. Certains affluents sont également classés en ZAP Lamproie : la Ligne jusqu’au seuil de Turelure, le Chassezac jusqu’au seuil de Gravières, et la Baume jusqu’au seuil du canal de l’Ile.

Le Chassezac est également classé en ZAP Alose du premier seuil de Chambonas (ROE23215) jusqu’à sa confluence avec l’Ardèche.

Pour l’Anguille européenne, la ZAP s’étend de la confluence avec le Lignon au Rhône. L’intégralité du Lignon est aussi classé en ZAP. Sur les autres affluents, la ZAP Anguille concerne la Ligne du seuil du camping Turelure à la confluence avec l’Ardèche, le Chassezac du barrage de Malarce exclu à l’Ardèche, l’Auzon du passage à gué de Lavilledieu à l’Ardèche, ainsi que la Beaume de sa source à la confluence avec l’Ardèche.

Le PLAGEPOMI (2022-2027) identifie plusieurs ouvrages prioritaires (ouvrages problématiques ou non encore traités au moment de la rédaction du document) ayant la Lamproie Marine, l’Alose feinte de Méditerranée et l’anguille comme espèces cibles : les seuils de Sous-Roche (ROE21235), de Ruoms brasseries (ROE21250) (ces deux ouvrages sont désormais équipés de passe à poissons).

Toujours sur l’Ardèche, les seuils aval de Pont d’Ucel (ROE21312) et de Dugradus (ROE21328) ont pour espèce cible uniquement l’Anguille, de même que le seuil de Goiron (ROE21366) sur la Ligne et le seuil de Rosières (ROE23221) sur la Baume.

Sur le Chassezac trois ouvrages prioritaires sont présents: le seuil de Chambonas le Puech (ROE23215), le seuil de Chambonas Gavinay (ROE23216) qui ont pour espèce cible l’anguille, et le seuil de Gravières (ROE23219) qui a pour espèces cibles l’anguille et la Lamproie Marine.

Sur le territoire du bassin versant de l’Ardèche, on retrouve un SAGE un document unique (réunissant N2000 et ENS) ainsi qu’un plan de gestion de la réserve naturelle des gorges de l’Ardèche.

  • Les outils de suivis

    La population d’anguille est peu suivie sur le bassin versant de l’Ardèche. Quelques captures sont à mentionner lors de pêches électriques (à noter que les pêches organisées sur l’Ardèche sont des pêches par points, protocoles moins adaptés à la capture des anguilles.  Il est donc difficile d’estimer la densité de la population d’anguille sur l’Ardèche.

  • Préconisations

    La mise en place de pêches spécifiques anguilles sur les affluents de l’Ardèche, notamment sur l’Auzon pourrait être pertinente. Ces pêches permettraient d’appréhender la colonisation du bassin versant de l’Ardèche par les anguilles. Théoriquement, les anguilles ont accès à un important linéaire sur le bassin versant de l’Ardèche. L’entretien des ouvrages de franchissements est d’une importance capitale pour le bon fonctionnement des passes à poissons.

Cartographie des enjeux - Anguille européenne

  • Les outils de suivis

    Les suivis de la reproduction des aloses et des captures à la ligne témoignent de la colonisation chaque année de l’Ardèche. Mais depuis la fin des années 2010, il est de plus en plus difficile d’observer des aloses en amont des gorges de l’Ardèche.

    Plusieurs facteurs expliquent ce constat: des secteurs qui ont évolués (zone de suivi devenues moins favorables à la reproduction des aloses) sur les secteurs de Salavas-Ibie et Petite Mer. On retrouve également sur cette rivière de nombreuses zones potentielles de fraies  qui ne sont pas suivies. une dégradation des conditions de franchissement du seuil de Saint-Martin d’Ardèche dû à la formation d’un atterrissement en amont de la passe à poissons ou encore, une diminution, à échelle plus globale de la population d’Alose feinte de Méditerranée.

    Des prélèvements ADNe attestent néanmoins de la présence de l’alose sur les secteurs en amont des gorges de l’Ardèche ces dernières années.

  • Préconisations

    Théoriquement, les aloses ont accès à un important linéaire sur le bassin versant de l’Ardèche puisque la quasi totalité des ouvrages de la ZAP sont équipés pour le franchissement.

    L’entretien de ces dispositifs de franchissements est d’une importance capitale pour leur fonctionnalité.

    Le cas du seuil de Saint-Martin d’Ardèche pose question (un atterrissement formé en amont de la passe à poissons réduit considérablement l’apport en eau dans la passe à poissons la rendant peu fonctionnelle).

    Le franchissement des seuils de Pont Saint Esprit et de la Piboulette en bas débits mériterait d’être étudié. En effet, dans le contexte de dérèglement climatique et de diminution des débits printaniers, ces seuils pourraient présenter des difficultés de franchissements pour les aloses.

Cartographie des enjeux - Alose feinte de méditerranée

  • Les outils de suivis

    La situation de l’espèce sur le pourtour méditerranéen est critique avec uniquement quelques individus observés ces dernières années. On compte sur l’Ardèche une observation non photographiée en 2017.

    Les prélèvements ADNe réalisés sur l’Ardèche ces dernières années n’ont pas permis de révéler la présence de l’espèce.

    A proximité, il y a eu une observation photographiée de lamproie sur le Vieux Rhône de Donzère en 2014.

  • Préconisations

    La situation de la Lamproie Marine sur le territoire couvert par le PLAGEPOMI 2022-2027 est très critique. Le fait de ne pas avoir de retour d’observation de la Lamproie Marine sur l’Ardèche n’est donc pas intrinsèquement lié au territoire. Théoriquement, les poissons migrateurs ont accès à un important linéaire sur le bassin versant de l’Ardèche. L’entretien des ouvrages de franchissements est d’une importance capitale pour le bon fonctionnement des passes à poissons. Sur l’Ardèche, le cas du seuil de Saint-Martin d’Ardèche pose question (un atterrissement formé en amont de la passe à poissons réduit considérablement l’apport en eau dans l’ouvrage ce qui le rend peu fonctionnel).

Cartographie des enjeux - Lamproie marine